Posez-vous une question simple. Les guerres des vingt dernières années — l'Irak, la Libye, la Syrie — répondaient-elles à un intérêt français ? Ou la France n'a-t-elle fait que suivre un récit écrit ailleurs ?
L'essayiste français Laurent Ozon a remonté ce fil. Pas en commentant l'actualité, mais en rouvrant les textes fondateurs du courant néoconservateur américain. Et il a retrouvé l'acte de naissance de la doctrine : un texte de 1996, dans la revue Foreign Affairs, signé Kristol et Kagan.
Une grille étrangère devenue notre cadre par défaut
Ils y défendent une « hégémonie bienveillante » — une domination mondiale présentée comme un service. Ce qui devrait nous concerner, nous, Français : cette grille est devenue le cadre par défaut de notre propre diplomatie. Nos éditorialistes en parlent la langue. Nos gouvernements en suivent l'agenda. Sans que ce choix ait jamais été débattu.
BFMTV — le mot « néoconservateur », jamais expliqué
Le Monde, Le Figaro — la crise du jour, jamais sa matrice
France 2 — 1996, Kristol, la doctrine, jamais reliés à l'antenne
Géopolitique Profonde — la généalogie complète, et ce qu'elle coûte à notre indépendance.
L'enjeu n'est pas américain. Il est français. Tant qu'on ne nomme pas la doctrine qui nous entraîne, on continuera de partir en guerre pour des raisons qui ne sont pas les nôtres. Nommer cette fabrique, c'est la première condition d'une diplomatie souveraine.
Souvenez-vous de la Libye : une intervention présentée comme un devoir, conduite au nom d'un récit que nous n'avions pas écrit — et dont la France paie encore les conséquences à ses propres frontières. Le schéma ne varie pas. Seul change le pays désigné.
L'enquête de Laurent Ozon tient en 80 pages : Les Néoconservateurs — Une élite impériale, aux Éditions Géopolitique Profonde. Une lignée suivie nom par nom, des cercles trotskistes de New York jusqu'aux architectes de l'Irak. Aucune rédaction subventionnée n'a l'indépendance de publier ce travail.