Retenez bien ce chiffre :
1,2 : 1
Ratio attaquants / défenseurs à Marioupol, février-mai 2022.
Pour saisir ce qu'il a d'anormal, un détour par l'histoire. En juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie avec 156 000 hommes face à environ 50 000 soldats allemands : trois contre un. C'est le minimum exigé par la doctrine militaire pour attaquer une position défendue. À Mossoul en 2016-2017, la coalition américaine est montée à dix contre un — avec un appui d'artillerie et d'aviation que Ferreira décrit lui-même comme « colossal ». Il lui faudra tout de même neuf mois.
Voilà à quoi ressemble un assaut urbain quand on respecte la règle.
Marioupol, février 2022. L'armée russe lance l'assaut sur une ville défendue par environ 8 500 soldats ukrainiens — marines de la 36e brigade, infanterie motorisée de la 56e, garde nationale dont le régiment Azov, défense territoriale de la 109e — entraînés selon les standards OTAN, retranchés dans une aciérie de douze kilomètres carrés bardée de bunkers antiatomiques soviétiques. Côté russe et allié, 10 à 12 000 hommes pour les déloger. 1,2 contre 1.
La ville tombe en trois mois.
Selon la conversation entre Sergueï Choïgou et Vladimir Poutine rapportée par Ferreira, le 21 avril 2022, le président russe écarte le plan d'assaut final sur l'aciérie d'Azovstal au motif que les pertes seraient inutiles. Le blocus se substitue à l'assaut. La garnison capitulera le 16 mai.
C'est, dans les termes mêmes de Ferreira, la première bataille urbaine de cette ampleur sur le sol européen depuis le siège de Sarajevo (1992-1996). Les analystes du Pentagone, de l'État-major français, de Tsahal et de l'APL chinoise l'étudient depuis trois ans — par nécessité opérationnelle, pas par curiosité historique.
Les Fantômes d'Azovstal est l'aboutissement de ce travail.